Les
treizièmes Rencontres internationales de Contrebasse de Capbreton
avaient choisi de rendre hommage à Jean-François Jenny-Clark,
le contrebassiste ami du luthier Christian Nogaro, fidèle de la
manifestation où il donna son dernier concert en 1998. Quatorze
clichés du précieux Guy Le Querrec retraçaient le
parcours sans faute, discret et pourtant marquant de « l’ange
de ces Rencontres ». Encore que, selon le batteur Aldo Romano qui
se produisait en trio avec Emmanuel Bex et Francesco Béarzatti,
JF ne fût pas non plus un être à part, mais simplement
un homme et un très grand musicien !
Peu importe d’ailleurs à l’auditeur,
qui dispose de si peu de disques de Jenny-Clark sous son seul nom que
le solo de la Buissonne, tiré sur le vif du Bass Festival de 94
en Avignon par Gérard de Haro, en devient une pièce rare.
Il est vrai que le jeune homme que l’on voit assis dans l’herbe
en 1967 à côté du professeur Cazauran et d’un
Henri Texier méconnaissable, personnalise toutes les ambitions
d’une génération magnifique… On le retrouve
délicat et souverain à un Concert du Musée d’Art
Moderne en présence d’un public fervent et d’un Michel
Portal recueilli. Puis ce sont les années fastes du Michel Portal
Unit et du trio formidable, sauvage et inventif, avec Joachim Kühn
et Daniel Humair, et les photos montrent quelques instants, de brèves
rencontres d’une vie de musicien, jusqu’aux derniers stages
et concerts à Capbreton, en compagnie des copains, préfigurant
la réunion actuelle.
Rendons hommage aux musiciens conviés
: ils ont tous répondu à l’appel et nous ont donné,
pour une rencontre a priori convenue, un concert qui ne l’était
pas, un des plus forts de l’été, un des plus graves
aussi. Car s’il y eut du bonheur, dans les premières parties
de soirée réservées au classique (Septuor de Beethoven
et Octuor de Schubert) et dirigées par le maître Wolfgang
Gutler, ex-soliste du Philharmonique de Berlin, à entendre «
swinguer » littéralement cette musique de chambre, comme
au théâtre, dans une pièce particulièrement
réussie, la tension ne fit que s’accroître jusqu’à
la révélation d’un dénouement flamboyant.
Cela
avait déjà bien commencé le dimanche, lors de la
« Carte blanche à Daniel Humair » avec le concert en
quartet de notre « All stars » français, Portal, Sclavis,
Humair, Chevillon. Le Bayonnais en forme et aux anges jubile. Tout lui
réussit et il le sait dès les premières notes, après
un démarrage splendidement efficace de Bruno Chevillon et Daniel
Humair dont l’entente est parfaite. Louis Sclavis, plus en retrait,
joue en contrepoint. Pourtant, nous n’étions pas au bout
de nos surprises et de nos plaisirs musicaux. Le lendemain, un premier
solo de Joachim Kühn nous rappelle qu’il est de ces pianistes
rares, lyriques et rigoureux, traversé par le désir de musique,
toujours en recherche. Après cette émotion si particulière
à laquelle nous soumet toujours le pianiste, survient la rencontre
de Michel Portal et Richard Galliano, élégante, sur un répertoire
qui sonne populaire et qu’ils arrivent à transcender. Quant
à l’invité surprise, qui se colla au petit jeu du
discours sur les intermittents avec quelques formules superbes dont la
« souffrance »/ Sous France de « la France d’en
bas », c’était Henri Texier. Breton tintinesque à
souhait (Lotus bleu) pour un solo doux et boisé d’une rare
tendresse. Et ensuite progressivement, ils viennent tous, les amis de
JF, se placer sur scène pour un ultime hommage : Daniel Humair
et Joachim Kühn, orphelins de leur partenaire de « Triple entente
» mènent le jeu à leur façon fière,
absolue, exigeante et passionnée. Mais chacun sait aussi révéler,
sur une composition écrite par Kühn à partir d’une
improvisation de JF, avec une fougue suffisamment expressive, l’intensité
d’une musique audacieuse, authentique, spontanément généreuse,
qui, si elle n’est pas du jazz, caractérise un certain engagement
de la musique actuelle européenne.